Don avait réussi à le convaincre de se rendre au labo et ils avaient tous deux quitter son appartement. Il avait fallu trouver une excuse au retard de Danny, excuse que Don fournit à Mac et que la mauvaise mine de Danny vint appuyer. Comme à l’habitude, ils s’attelèrent à la rédaction du rapport que Don sauvegarda avant même que Danny n’ait fait un geste. Puis vint l’appel tant redouté, celui qui a chaque fois les faisait basculer en enfer.
Don sortait de la pièce quand il se rendit compte que son ami n’avait pas esquissé un geste. Il fit marche arrière et vint se planter devant lui. Danny, qui jusque là fixait le vide, se résolut à poser ses yeux sur son ami.
« Ecoute moi bien Messer. Si tout ce que tu m’as dis jusque là s’avère exact, rester assis sur cette chaise en attendant que ça passe ne changera rien. Tout ce que tu peux faire c’est lever tes fesses et faire ton job et éventuellement accepter le fait que tu ne peux rien faire. Non, laisse moi finir. » dit Don à Danny qui s’apprêtait à protester. « Je ne suis pas prêt à mourir Danny, crois-moi, et je te promets de ne rien faire d’inconsidéré mais on ne peut pas rester là à attendre. D’autant plus que tu me l’as dit toi-même, si ce n’est pas ce type qui me tue, quelque chose d’autre le fait. »
Danny acquiesça et sortit du bureau à la suite de Don. Le trajet jusqu’au restaurant des Powter ne différa pas des autres jours. Danny entendit Don lui parler d’acceptation, de fatalité et pour la énième fois lui suggéra de laisser les choses se passer comme prévu. Danny allait répliquer mais à quoi bon. Il savait pertinemment comment tout cela finirait. Il allait promettre à Don d’essayer et finalement n’en ferait rien. Parce que se résoudre à laisser Don mourir était au dessus de ses forces. Il avait plus d’une fois envisagé que ce soit la solution, celle qui mettrait fin à tout ça. Et puis après tout pourquoi pas.
Ils sortirent tous les deux de la voiture, se dirigèrent vers le restaurant et y entrèrent. Danny regarda Don se diriger vers la serveuse puis s’agenouilla près du premier corps. Il ferma les yeux l’espace d’une seconde, cherchant en lui le courage de laisser son meilleur ami se faire abattre. Ce laps de temps suffit à Don pour quitter la pièce. Quelques secondes plus tard, Danny, les yeux toujours fermés entendit deux coups de feu raisonner. Les larmes coulaient déjà sur ses joues. Il savait à quoi s’attendre. Il savait que le corps de Don gisait sur le sol de la ruelle et qu’il ne pouvait plus rien faire pour lui. Il avait perdu son meilleur ami. Une nouvelle fois.
"Bonjour New York il est 6h00. Les températures aujourd’hui s’annoncent caniculaires, préparez-vous à affronter un soleil de plomb. Tout de suite les infos…"
Rien n’avait changé. Le présentateur annonçait encore de sa voix nasillarde la même chose. La solution de Don n’avait donc pas été celle qui modifierait tout, celle qui mettrait fin à ce cauchemar. Pourtant il s’était résigné, n’avait pas bougé, avait laissé Don se faire descendre. Il se souvenait de tout avec précision. Il se revoyait sortir du restaurant et débouler dans cette ruelle. Il se souvenait s’être écroulé contre le mur le plus proche lorsqu’il avait vu son corps. Il avait laissé les larmes couler sur ses joues sans chercher à les essuyer. Et puis Mac était arrivé. Il avait vu son patron prendre les choses en main malgré la peine qui l’assaillait lui aussi. Mac l’avait fait renvoyer chez lui. Et ce n’est que lorsque la porte de son appartement se fut refermée que Danny s’était laissé aller à hurler son chagrin. Il ne se souvenait pas comment il avait atterrit dans son lit, pas plus que les fois précédentes d’ailleurs. Mais son réveil n’avait en rien différé des autres jours. Il s’était réveiller terrorisé, pleurant encore une fois la mort de son meilleur ami, tout ensachant qu’il allait devoir la revivre encore.
Danny se leva, comme un automate. Il se glissa dans la douche sans prendre la peine de tourner le bouton d’eau chaude, sachant de toute façon qu’il n’en aurait pas. Les gouttelettes glacées lui arrachèrent un frisson. Lorsqu’il fut totalement gelé, il consentit à s’extraire de la douche, à s’habiller et à fuir son immeuble avant que sa vieille voisine ne lui tombe dessus. Il en avait plus que mare des chats coincés dans les bennes à ordure. Plus que mare d’avoir à ruser tous les matins pour sortir Roméo de sa prison malodorante.
Les autres étaient déjà rassemblés dans le bureau de Mac lorsqu’il arriva au labo. Les réflexions amusées ou tout simplement excédées sur son habituel retard fusèrent de toutes parts. Danny n’y prêta que peu d’attention. Qu’est ce que ça allait changer de toute façon. Il laissa les choses se déroulées sans écouter, sachant pertinemment qu’il allait rester ici avec Don à rédiger un rapport, qu’il allait devoir encore lui expliquer ce qui allait se passer, qu’il allait de nouveau devoir le… Danny releva la tête. Quelque chose lui avait échappé.
« Quoi ?! »
« Danny, que vous arriviez en retard passe encore mais vous pourriez au moins faire l’effort d’écouter ce qu’on vous dis. Vous partez avec Sheldon dans 5 minutes. On nous a signalé un double homicide à Time Square. Kaile Maka vous attend sur place. »
Le jeune homme ne réalisa pas tout de suite. Alors c’était aussi simple que ça. Tout était fini ? Réellement fini ? Il sentait les regards de ses collègues peser sur lui, curieux ou franchement inquiets dans le cas de Mac et de Don.
« Danny, tu vas bien ? » lui demanda le détective.
Il releva ses yeux du sol et les planta dans ceux de son ami.
« Sur quoi on a enquêté hier ? »
« Le braquage d’un restaurant, celui des Powter. Mais enfin Danny qu’est ce qui se passe ? »
Danny attendit un moment avant de répondre, se faisant à l’idée que son cauchemar avait enfin pris fin. Lorsque la certitude qu’un jour nouveau avait commencé et que Don était bien vivant fut ancrée en lui, Danny sourit et rassura son ami.
« Rien Don, tout va bien. Tout va même très bien. »